Urbain
à Mathieu Bréard
Respirer. Un brin d'herbe crève le béton. Gazon rapiécé, il tend ses membres vers la lumière. Guenièvre, bovidé affamé n'en fait qu'une bouchée.
Estomacs qui gargouillent, les fluides filent dans son bide.
Guenièvre a un souci, autour d'elle point de vie. La vache prisonnière s'est évadée, ce matin, son geôlier s'est approché, elle a chargé. Là voilà maintenant, en train d'errer sur la chaussée, les gens filent, les voitures fulminent, seul s'arrête un enfant. "Regarde, Maman!", Vlan! Une beigne pour l'outrecuidant.
Guenièvre se sent seul, si elle avait de grandes dents, des griffes, assurément, elle ne laisserait pas ces gens indifférents. Mais elle n'est composée que de deux ridicules ergots et de sabots.
Séraphin s'arrête, sors son petit carnet. Il en détache une feuille, fait jaillir son stylo et s'approche de l'animal égaré. " J'admire ce que vous faîtes! Je vous ai vu à la télé! Salon de l'agriculture, à coup sûr! Est-ce que vous pourriez?
_ …
_ Allez, s'il vous plaît! Vous savez, vous nous faîtes rêver! Cette manière que vous avez de vous exprimer! Quel naturel, c'est épatant…
_ …
_ Vous êtes mieux à la télé…"
Séraphin s'éloigne dépité, laissant rouler les gros yeux de Guenièvre, ils ne doivent pas assez pétiller.
De nouveau seule à beugler, elle reprend sa quête de substitut vitaminé. Elle atteint finalement un parc ombragé. Enthousiaste elle s'élance dans les allées, elle a trouvé son paradis herbeux. Occupé à galoper, elle ne repère pas le ciré… Richard ne pouvait pas la manquer, il l'a enfin son trophée.