Tonio

Publié le par hibou

à Mathieu Bréard


                   En ces temps là, l'eau tombait du ciel. Il n'y avait ni haine ni amour, juste de la consommation de tous les jours.

Je ne sais comment dire, j'étais là rivé devant ma télé, avec une furieuse envie de l'exploser. Mais il n'y avait que trois balles dans mon barillet et je les réservais à cette empaffée qui n'avait jamais pris la peine de me regarder.

Ramassant mon ennui qui traînait, je le jetais, puis sortais. Dehors l'eau tombait, elle s'insinuait partout, sans jamais être contrôlée, le monde s'en plaignait, mais certainement pas Tonio, mon ami l'escargot.

Tonio était libre, il allait où ça lui chantait, sans visa il voyageait. Lorsque sous mon porche il me retrouva, il fut bien étonné de m'y voir chialer.

 

_ Qu'as-tu donc mon ami?

_ Deux jambes, deux bras et un paquet d'ennui.

_ Comment cela est-il possible? Tu possèdes tant, plus que je n'aurais jamais.

_ Mon air est conditionné, ma nourriture aseptisée, mes relations orthonormées, ma vie assurée, mes actes réglementés, et mon nez bouché…

_ C'est donc cela, tu es enrhumé.

_ Oui, la faute à cette fichue pluie.

_ N'as-tu jamais songé que sans elle, tu ne vivrais?

_ Que me chantes-tu là? Du moment qu'elle parvient jusqu'à mon robinet…

_ Ce n'est pas ton robinet!

_ Tiens-dont, que diable est-ce donc?

_ C'est un robinet.

_ Mais je l'ai payé.

_ Grand bien lui en fasse, t'as-t-il jamais rendu la monnaie?

_ Tu joues sur les mots, tu m'ennuies, où veux-tu en venir?

_ A toi, très cher, toi qui crois posséder. Si ton robinet ne t'apporte plus d'eau, tu vas le changer?

_ Vrai.

_ Qu'apportes-tu au robinet?

_ Rien…

_ Alors il devrait te changer.

 

Sur ce, j'ai vidé mon barillet et changé de Tonio.
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Publié dans Dédiés

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