Promenade matinale

Publié le par hibou

  à Mathieu Bréard


         Mais bon dieu, pourquoi ne l'ai-je pas tiré? Elle demandait que ça, se laisser aller, oublier que l'on est toujours pressé. Ses yeux brillaient, son sourire beaucoup trop vrai, ses lèvres… Elle était prête à tout me donner, avant de s'en aller. Oui, mais voilà, je suis un gars coincé, un qu'à des principes comme on dit poliment, j'étais maqué, prêt à me faire larguer.

 

Ma chance est passée, je l'ai laissée filer, j'attends la journée. La voilà déjà qui pointe déjà le bout de son nez sur les Champs-Élysées, ça sent le marronnier, je termine mon café.

 

Il a tôt fait de me réveiller, son goût sur ma langue, de chasser mes regrets. Dehors on entend les pneus des bagnoles crisser sur les pavés. Cette sonorité me fait oublier qu'elles me bousillent mon ozone, attaquent mes neurones, je me surprends à les aimer.

 

Je repose ma tasse, laisse la monnaie, me laisse traîner par un courant d'air jusqu'au tuileries. Des inconnus font du Tai-chi, plus loin un homme et une femme s'exercent au fleuret. Un pigeon moignonné, devant moi vient se poser, je le regarde danser, promenant sa tête il ne fait qu'acquiescer.

 

Le vent me porte jusqu'à la cité, à cette heure désertée, nul bateau-mouche ne vient m'agresser de sa voix grésillante, l'eau s'écoule tranquillement, je laisse mon esprit vagabonder.

 

Plus loin un pont supporte la patronne de Paris aussi avenante qu'un pilier, je ne l'ai jamais vu que de dos, sa robe plissée. Mais son ombre m'a apporté d'agréables moments avec une aimée.

 

Il me faut déjà rentrer mais je n'ai pas perdu ma soirée, j'ai pu contempler l'étendue des opportunités, sans, une fois de plus, y toucher.
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Publié dans Dédiés

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