Prime-Sautier

Publié le par hibou

à Mathieu Bréard

 

C'est aujourd'hui la grande collecte annuelle de champignon. Maryse a pris son petit panier à anse percée, démesurée.

 

Elle connaît les bons coins, Jackie les lui avait appris. Directement après la nationale, elle traverse les hêtres, tourne au saule, gambade dans les prés et s'arrête près du ruisselet.

Un moulin y tourne, grossier et rustre, il n'est pas beau, tout en bâton d'eskimo. Elle s'étend cinq minutes, pour ne pas se relever… Le soleil entreprenant la fait glisser dans la plus grande amorphitude. Elle observe patiemment les petites boules incandescentes, violettes, vertes ou dorées qui se forment sur ses paupières fermées.

 

Elle a perdu pied, enfermée dans un tourniquet lumineux, elle se stabilise sur un canapé rouge péteux. Autour tout est noir, sombre et creux. Elle élance son bras décidé qui s'enfonce tranquillement dans le décor soyeux. Un frisson la parcourt, elle se rassoit.

 

Devant elle apparaît un chamois, avec des cornes et tout, comme sur les cartes postales. Sur son dos elle s'installe, docile il se laisse faire et s'élance sûrement dans l'obscurité.

Tout d'abord rien puis des bruissements lancinants. Elle sent le vent. Une feuille vient se poser sur son visage. Elle l'écarte doucement et se révèle à elle une forêt.

 

La lumière lui chatouille les yeux, chargée de parpailloles colorées. Elle entend braire au loin, le chamois y répond. Il s'élance évitant les branches, ses sabots résonnent bientôt sur les rochers d'un pierrier. Devant Maryse s'étends un sommet enneigé. Sa monture la dépose près d'un petit lac bleu, entouré de galet.

 

Elle se laisse aller à quelques ricochets, avant de s'éveiller…

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Publié dans Dédiés

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