Matin

Publié le par hibou

à Mathieu Bréard

 

 

             D'un bond, fruit d'un entraînement quotidien, le réveil esquiva la main empressée qui alla s'écraser dans un gémissement ensommeillé sur la table de nuit. Un revers disgracieux anéantit les réflexes de ladite mécanique, bien trop occupée à se bidonner, elle termina sa course dans un ultime hoquet grinçant, marquant le mur déjà stigmatisé par les sacrifices d'une douzaine d'engin similaire, trois lampes de chevet, un cendrier et Lulu. Celui-ci y avait perdu son dernier œil, c'était donc un ourson aveugle qui s'efforçait désormais de réchauffer le cœur du grand Constan les journées brumeuses, les plus nombreuses…

            Saisissant son courage à deux mains, puis dépité par l'absence de résultat, Constan entreprit de se lever. Comme il était homme sérieux, cela ne traîna pas… Dans la minute qui suivait, il était déjà en train d'avaler son chocolat. Comme le temps, il faut rentabiliser, celui-là en profite pour lui cramer sournoisement sa langue empâtée.  La cavité buccale anesthésiée, il partit se nettoyer, puis se vêtir en prévision d'un départ imminent.

Qui ne vint pas, en effet s'il convient de se dépêcher, il n'y a rien de plus déplacé que d'arriver en avance au bureau, aussi se pose-t-il sur le canapé félicitant sa promptitude, qui lui permettait non pas de se laisser aller à rêvasser, mais de planifier, anticiper sur cette merveilleuse journée. Il put ainsi constater qu'elle était en tout point similaire à la précédente. Emu par tant de régularité, il se mit en quête de ses clés, car le sujet était épuisé.

Il se surprit à regarder au clou, où il se souvenait parfaitement de ne jamais les avoir mises et  il ne les y trouva pas. Il passa la suivante demi-heure à soulever des coussins et ouvrir des tiroirs, cachettes habituelles de ce genre d'objet, avant de ramasser ses clés sur le buffet afin de rejoindre les couloirs du métropolitain.

 

      J'y étais déjà, lustrant un fauteuil suspect, point de vue propreté, de mon cul exténué. Faut le comprendre, se lever tôt ne fait pas partie de ses habitudes. La tête engoncée dans mes mains, je regardais passer les trains, oubliant qu'il me fallait y monter…

La présence de Constan eut tôt fait de me le rappeler. Il avait étudié avec moi, la thermorégulation des métaux épais ou quelque autre sujet distingué, utile et pénétrant, au lycée. Il fit mine de ne pas me remarquer, sûrement, je n'entrais pas vraiment dans le planning de sa journée.

C'est plus qu'il n'en fallait pour me décider à la lui sauver. Sur le quai je m'élançais, d'autant que j'en avais moi-même une à rentabiliser, m'étant fait jeter le matin même, beaucoup trop tôt, par une pépée libérée, un peu trop.

 

     Là c'est le choc: "Ca y est, tu me remets? Ca va? Qu'est-ce que tu deviens? Ah tiens, t'habites dans le coin, et l'euro tu t'y fais? Bon, on se le boit ce canon? Comment ça faut que t'ailles bosser, allez à d'autres! Sûr? Tant pis, on se rappelle…"

Il ne m'a jamais rappelé.

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Publié dans Dédiés

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