Curling
Un lancer impeccable, une trajectoire idéale, c’est pour cela, qu’il arme son bras et fait danser ses doigts. Pourtant c’est lourd de l’encre. Ça s’étale et ça tâche. Si on ne la dilue pas, certains s’étouffent et la recrachent. Il faut ménager les intolérances, tromper les allergies.
Un jet léger, tout en souplesse, qui suggère sans imprimer, laisse plus d’espace pour ne pas se noyer. Un écart incontrôlé et la marée noire vous guette. Un concentré pur qui fermente, une réserve de rancœur, de haine, de frustration, n’attend qu’une fissure pour se déverser.
Toujours l’amer s’agite. Les courants se jouent du cap. Les lames menacent et l’on écope. A pleine goulée, les poumons se gorgent d’un air moite, quasi-gluant. Les yeux se troublent. Seul le reflet du soleil sur la surface reste perceptible.
Alors on se masque et on enfile, toujours sans gène un autre style. On emprunte sans remords et on tord, on récupère, on décore tout ce qu’apportent les aléas. Et nos doigts dansent, tout en rêvant qu’ils effleureront un jour le bon port.