Compte soldé
à Mathieu Bréard
Il était une fois, un prince qui vivait sur un vigoureux destrier. Son royal postérieur en était tout strié.
Ce coursier se nommait Capharnaüm, il avait déjà véhiculé le soc du père Thomas et avant cela celui de sa tendre et douce mère. Mais il avait du tirer un trait sur cette vie agricole, lorsque cette tête couronnée trancha son licol.
Un matin qu'il grignotait discrètement les baies du genévrier, il fut fauché par celui qui fuyait le danger.
Depuis, il cheminait, transportant le plus charmant des princes. Le tueur de lézard, le joli cœur dont la croupe endurci martelait son dos. Ce dernier savait se montrer bon prince, tailladant brigands, chenapans, pour redistribuer leur argent, l'investissant dans de jolis vêtements, de grandes épées et des bijoux pour sa dulcinée. Il faisait marcher l'économie…
Et un jour s'est arrivé, Capharnaüm s'est décidé. Jamais plus il ne transporterait le voleur de cœur, le pourfendeur sans peurs, sans reproches. Il en avait vu couler du sang, de bêtes exotiques, de vierges naïves. Son pelage en était souillé, les mouches étaient là pour le lui rappeler. Il mit son cavalier à bas.
Il balança son mord sur l'être sans remords. Réduisit le crâne ceint à ce qu'il était. Les sabots tournèrent, virevoltèrent. Le prince fut plat, il y avait là de quoi nourrir les familles de mouches qu'abritaient les poils du destrier.
Elles vécurent heureuses et eurent beaucoup d'asticots.