Commentaire du manifeste discutable et superficiel du 03/03/09

Publié le par hibou

Je viens de lire pour la énième fois le manifeste discutable et superficiel du 03/03/09.


Je lui dois peut-être une réaction plus étayée que la première que je lui ai adressée. Ne serait-ce que pour saluer son énergie salutaire.

Je me suis reconnu dans la soif de création et la volonté de mouvement collectif qu’il dégage. Je partage sa vision de l’Art. Mais ce manifeste est avant tout superficiel et part d’un constat discutable.


J’apprécie la prise de position en faveur de l’état actuel de notre « génération » comme terreau fertile, générateur. Présenter l’évolution des technologies, des modes d’expression, de consommation, comme une dégénération serait selon moi une erreur.

Ce portrait que monsieur Bonnemaison dresse d’aller à l’essentiel au plus court et surtout au plus rapide n’est pas spécifique au divertissement, mais propre à l’ensemble des activités humaines. Nous vivons dans une société de l’instant, du gain de temps. Il est épatant de voir que de nombreuses personnes ne s’éloignent jamais du trajet de leur bus lorsqu’elles sont contraintes de rentrer à pied, que d’autres ne savent plus sonner à une porte et préfèrent vérifier avec leur portable que c’est bien la bonne. De nombreuses connaissances sont devenues inutiles par le recours à la technologie (GPS, téléphone, moteur à explosion, allume feu…). Se concentrer n’est tout simplement plus utile, si tu sèches sur une question tu n’as qu’à appeler un ami ou demander le vote du public. S’il m’arrive de crier au loup devant l’ignorance et l’uniformisation du monde, je ne l’ai jamais vu comme une fatalité.


Je ne considère pas notre ignorance comme une absence de culture. La culture n’est pas pour moi l’émanation de décideur, ou d’un quelconque pouvoir, pas plus qu’une entité externe et définie. Elle n’est pas à atteindre mais à construire. La culture ne se suit pas, ne s’impose pas. La culture n’est pas un bien, c’est un état. Chaque groupe dispose d’une culture même le plus petit d’entre eux, l’individu. Et la culture s’acquiert, s’échange, se recrée, évolue sans cesse.

Ma culture est rencontre et mouvement. Elle est mise en danger essentiellement par l’isolement et la cristallisation. L’idée d’un encroûtement, d’une sédimentation des pensées et d’un recours à l’absorption passive de divertissement au canon imposé n’est pas neuve, ni spécifique à la situation actuelle.


La culture est déjà là, comme j’ai coutume de le dire « Il n’y a qu’à Skalper nos paupières ». Et si être un blaireau, cela peut être prendre conscience que seul on ne sait rien, que l’inné n’existe pas, qu’esquisser est mieux qu’imiter, que rien n’est figé et universel ; alors le hibou est aussi un blaireau.
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Publié dans Opinions

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