BIFFF 2013 - En attendant Jean-Jacques Rousseau

Publié le par hibou

1juilletchezolga

 

« Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jean-Jacques Rousseau sans jamais oser le demander ! », voilà un nom de conférence racoleur, surtout si comme moi vous ne savez pas qui est Jean-Jacques Rousseau. Oh bien sûr, j’ai bien lu un ou deux livres de lui étant petit, mais apparemment ce n’est pas lui qui les a écrit, lui il fait du cinéma.

Curieux de rencontrer ce personnage je me suis donc rendu à la master-class qu’il donnait à quatorze du matin ce cinq avril deux mille treize. Apparemment il semblerait que le reste du monde ne soit pas aussi matinal que moi ou de manière plus invraisemblable, ne partage simplement  pas ma curiosité. C’est donc en comité réduit que nous nous retrouvons devant la porte de la salle de conférence à nous demander si Jean-Jacques va arriver.

Tout à coup, quelqu’un nous interpelle, serait-ce Jean-Jacques ? Non, ce n’est que Noël Godin, terroriste pâtissier et éminent pataphysicien. Il nous annonce que Jean-Jacques lui a confié qu’il ne viendrait qu’après la projection de ces deux  métrages. Diantre et nous qui bouillions d’impatience.  Nous rongeons donc notre frein et gagnons nos sièges.

Monsieur Godin nous régale de quelques anecdotes, compare Jean-Jacques Rousseau à feu Jean Rollin et à Jess Franco qui vient malheureusement à son tour de nous quitter mardi. Tout cela me titille de plus en plus, ces deux personnalités faisant partie de mon panthéon du doute. Rémy Legrand vêtu du costume qu’il  arbore dans le premier film, nous chante une chanson. Heureusement pour nous, l’extinction de la lumière vient l’interrompre et permettre à  nos oreilles de trouver la paix.

 

La projection débute.

Le premier juillet chez Olga raconte la vie d’un estaminet, confronté à l’interdiction de fumer dans l’établissement. Olga la patronne à une façon bien à elle de régler les problèmes et tolère bien des choses dans son troquet. Un client, mécontent de devoir régler son ardoise, la dénonce à la police, avant de mettre fin à ces jours étouffé par les remords et noyé dans les bulles. Olga envoie les policiers ad padre. S’en suit une cavale haletante vers le Luxembourg.

L’amputeur Wallon quant à lui, conte un tour touristique de Courcelles en Wallonie qui est perturbé par Jean. Lorsqu’il était petit, Jean a vu son oncle être amputé de la jambe par le docteur Varicelle, car son oncle souffrait de tabagie, du coup lui aussi il est perturbé, Jean pas son oncle, le docteur peut-être aussi, remarque. Jean nous découpe donc petits doigts, bras et jambes dans l’allégresse, avec ou sans postiche.

 

La salle se rallume,Jean-Jacques est parmi nous. Le petit bonhomme rondouillard s’élance fièrement vers la scène paré de sa cagoule qui ne laisse percevoir que ses yeux, sa bouche et sa moustache fournie. L’auto-proclamé génie de l’absurde arbore un T-shirt à son effigie enrichi de l’inscription « Faire un film c’est faire la guerre ».

Il nous apprend tout ce qu’il a toujours voulu qu’on sache de lui sans que personne n’ose le lui demander. Le cinéma de J.-J. R. est un cinéma sans moyens tourné avec ses amis. C’est un cinéma sans prétention brut et décousu dont la force réside dans l’absence de sérieux et un certain sens de la spontanéité et du dialogue.

Son cinéma est résolument engagé, voir dégagé, il se déclare contre le tabac, l’alcool et les cadavres d’animaux, ceux qu’on mange surtout. Inutile de préciser qu’au vue de ses films, on suppose une certaine ironie. Il nous confie que son prochain projet portera sur les téléphones portables, il s’appellera  Cancer du cerveau, et serait soutenu par Jan Kounen.

 

Il nous parle de l’Allemagne, de son masque qui lui remonte constamment sur le nez, de la Flandres, de la France, de la politique locale de Courcelles, de Kubrick, de Mocky, de ses acteurs présents dans la salle. Et on l’écoute papillonner d’un sujet à l’autre, avant de se séparer à regret.

Qu’on se de le dise le cinéma de J.-J.R. n’est pas accessible à tout le monde. Il faut une bonne préparation à l’absurde, pour tenir jusqu’au bout de ses films, d’autant qu’on est incapable de prévoir quand cela va s’arrêter.  Il nous sert un délire foutraque mais attachant, servi par pléthore de personnages farfelus, sur fond de déconne pure et dure et d’anarchisme grinçant.

Je suis en tout cas ravi, d’avoir rencontré ce personnage résolument wallon, et compte bien exploré plus avant son cinéma.  Ce qui avouons-le,  représente un travail titanesque, Jean-Jacques Rousseau étant plus que prolifique.

 

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Publié dans Critiques

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